LE NOUVEAU BOULOT DES PAPAS SOLOS
Ils vivent seuls avec leur(s) enfant(s). À temps complet ou en garde alternée.Singuliers, ces pères solos ? Non. Avant tout, pragmatiques.
« Ils s'adaptent »
Patrice Huerre, pédopsychiatre, en rencontre de plus en plus. Chaque jour, il écoute ces « nouveaux pères, des pionniers », papas seuls à la barre de leur progéniture et qui tentent de vivre au mieux une situation souvent « plus subie que choisie ».
Certes, il y a les veufs mais leur chiffre régresse. Pour beaucoup, devenir un père solo s'est imposé parce que la maman est partie, sans pouvoir ou vouloir s'occuper des enfants. Rien à voir avec « un militantisme » forcené de la cause paternelle. Au quotidien, Patrice Huerre note « qu'ils se débrouillent bien. Ils s'adaptent car il n'y a pas de mode d'emploi. Ils sont très pragmatiques. » D'abord, il y a évidemment l'aspect matériel à gérer : « Toute l'intendance à organiser est un premier pas à franchir. Et, ensuite, vient le temps où ils doivent apprendre à être sur deux registres en même temps, celui de la tendresse et celui de l'autorité. »
Et là, revient le sempiternel débat sur la part maternelle de la paternité... « C'est un faux débat qui casse souvent les pieds à ces pères solos ! Une femme n'est pas un homme, un père, pas une mère. Une mère porte son bébé pendant neuf mois, elle a donc une proximité affective et gestuelle plus naturelle. » Un papa seul face à son enfant doit donc inventer toute « une grammaire » relationnelle.
Mais Patrice Huerre insiste : « Le père solo doit trouver naturellement et simplement sa façon d'aimer son enfant et de lui prouver. L'enfant a surtout besoin de parents différenciés. Pas question de devenir un père-mère »
L'important serait davantage de veiller à « entretenir » la figure maternelle quand elle n'est pas là au quotidien. De parler d'elle, « de lui laisser toute sa place même si c'est douloureux. » Et de ne pas hésiter à s'appuyer sur des tiers pour que l'enfant ait d'autres référents adultes autour de lui : « Le père solo peut mobiliser les ressources extérieures, celles de la famille, des amis. »
« Oh, le pauvre ! »
S'ouvrir aux autres, c'est aussi lutter contre les idées reçues : « Les pères solos souffrent plus de l'image qu'ils renvoient. Un papa qui élève seul ses enfants inspire souvent de la pitié. On se dit « oh, le pauvre. » Soit on compatit, soit on trouve ça louche ! » Le chemin est encore long pour que les mentalités changent.
